On a là une bonne
bande dessinée d'espionnage américaine qui se passe en 2006 dans un Londres parallèle au nôtre. Soldat des coups pourris, Rupert Cain se croyait rangé des voitures lorsque le sort vint le
rechercher pour le faire replonger dans son passé bien mal pansé. Un dessin et un sens de la mise en page énergique permettent à l'histoire de tenir en alerte le lecteur tout du long malgré un
scénario parfois trop intriqué. C'est avec impatience qu'on attend la suite.
Une histoire
assez agréablement dessinée pour un scénario qui lie action et humour. Un commanditaire demande à une ancienne bande de brigands de faire un casse dans un musée de la ville de Smoke City en
volant une momie antique. Un monde parallèle très réussi, voilà ce dans quoi nous évoluons, une ville noirâtre et grise qui évoque une mégalopole américaine des années 70. Encore une fois, on ne
peut que regretter le fromat très court de ce récit, quarante-huit pages, alors qu'il en aurait fallu au moins le double... Toujours ce problème récurrent de la bande dessinée française, dû en
grande partie à la cupidité des éditeurs du secteur...
Appelé « romvisuel », voici une bd sans phylactère mais extrêmement prenante. On peut
admirer le dessin à l'encre de Chine impressionnant de maîtrise. La fin est peut-être légèrement en deça du récit mais c'est rare de trouver une telle atmosphère dans une bd française
actuellement. L'histoire a pour socle une affaire de règlement de compte dans une banlieue américaine des années 1970 racontée à deux voix par un homme et une femme au comptoir d'en bas.
Vendu avec le numéro 7 de la revue de littérature et d'expression de tendance gothique, « La Salamandre », cette compilation s'est donné pour illustration principale le thème des OVNI et du monde des envahisseurs tels qu'on le percevait outre-Atlantique voici cinquante ans et dont bande dessinée, cinéma et littérature populaire raffolaient au possible, ainsi que chacun sait. Paradoxalement, l'habillage musical du bestiau chéri de François Ier ne regorge pas de vieux sons analogiques d'époque comme on eût pu le penser en zieutant la pochette, il s'agit plutôt là d'une évocation libre et kaléidoscopique de cette partie exotique de l'univers culturel occidental.
Je passe rapidement sur le premier titre des Playmates on the run qui, s'il est musicalement plutôt pas mal, est plombé par la voix de la chanteuse, trop pop lambda à mon goût.
Meilleur mais pas non plus si réussi que ça, le duo entre Nummer 123 et Sigma dont la voix évoque incroyablement celle de Lauranne sur le titre Mort
lente de SamForce (album Esthétique de la douleur) ; contrairement à celui-ci, Nummer 123 peine à mettre en valeur (à la fin notamment) le côté neutre, presque
désabusé et par conséquent étrange vers lequel semble tendre cette voix féminine nazairienne. Pas ma tasse de thé non plus, la plage de Polytrauma, du rock aux teintes
métalliques, bien fichu au demeurant mais clairement desservi par l'organe vocal, et le traitement passe-partout qui en est fait surtout, du chanteur. Dans le genre violent, je préfère nettement
les sidérurgistes lorrains des Muckrackers avec leur exécution à Sing-Sing, ces gars-là envoient infatigablement du bois sur le parking et on les en remercie, ils nous filent le
bonjour des extra-terrestres mais, hélas pour nous pauvres humains, version apocalypse et jugement dernier !... Plus tournés vers un punk-rock à la française des années quatre-vingts avec une
guitare réverbérée à la Marc Police, Electric Press Kit, qui suit juste après, n'en est pas moins attirant au travers de paroles saisies très en avant, ainsi
qu'on le faisait à l'époque. Je n'ai pas saisi le rapport avec les soucoupes volantes mais l'exercice n'en n'est pas moins bel et bien bon ! Sans lourder les cordes électriques, revenons à des
considérations plus électroniques avec Wäks, bonne tranche bien agressive, le plus dansant du lot, structure impecc
able, on décolle forcément du plancher des
vaches avec un Enemy de cet acabit ! Et là je m'arrête sur le titre de L'Arme A Gauche, excellent c'est rien que de le dire, parmi son meilleur et pourtant l'animal
briochin nous a habitué précisément au meilleur depuis fort longtemps : martèlement sûr et décidé, atmosphère trippante, Armada futuriste, tendue et cosmique, un petit régal ! Itou, que
dire de Serial Industries, parfaitement au point dans le déroulement mélancolique de son expression, pour une lueur dans la nuit texane de toute beauté ! Chapeau les gaillards !
Dans une veine plus calme mais tout aussi martianisante, .cut & TAT nous parlent d'une petite chair grise roswellienne via une conversation entre observateurs américains et
une guitare toujours aussi inquiétante et capiteuse (la patte TAT), dans une osmose au poil. Et c'est Cheerleader 69 qui approche au final le plus l'être étrange issu de
l'outre-espace tel qu'en cauchemardait l'Amérique des années 50 (surtout si ce petit homme vert avait dans l'intention, sait-on jamais, d'arborer une casquette à étoile rouge et de se réunir en
conseils ouvriers tous les quatre matins...) ; issue de limbes se défaisant en de grands pans sonores et étales, une voix sourde et grumeleuse, comme d'un ronfleur venu du fond du nuage d'Oort,
nous cause. Comme je n'avais pas le décodeur adapté, j'ai renoncé à comprendre mais j'ai pris un certain plaisir à écouter et réécouter cette plage étendue mais point trop longue du musicien
toulousain.
Rulaiz Inc., la major du disque dirigée par le big boss Mekka, transforme l'essai une seconde fois après la compilation carpentérienne sortie au printemps l'an passé et on peut saluer également La Salamandre pour cette idée inventive. Un thème classique pour un traitement original, une fort sympathique peinture de nos possibles contacts d'antan avec les autres habitants de la galaxie venus se balader chez nous dans leurs vaisseaux en tôle grise à lumières, je ne sais s'ils sont encore parmi nous mais force est de reconnaître que leur seule évocation nous vaut ici quelques pépites artistiques bien alléchantes ; les yeux dans les étoiles, c'est toujours ça de pris.
de fameuse des anarchistes et des coups de flingots. Très
court, il sert néanmoins intelligemment à maintenir la braise de lutte de classe insufflée par le petit bijou dépeint juste avant. Si les deux groupes se dépeignent comme individualistes, ils
sont aussi collectivistes (qui peut le moins peut le plus, comme dirait l'autre) et se sont par conséquent, dans le dernier tiers du disque, assemblés pour plusieurs productions. Le mélange prend
sans problème, on retrouve sur chaque titre les caractéristiques des deux groupes, relativement semblables au demeurant (rythmique de PPF et voix d'ICK grosso modo). Déchéance transparence se
caractérise par une montée progressive d'un rythme et d'un fond électroniques sur lesquels s'illustre un chant doublé, grave, sûr et austère, un peu déphasé au départ mais la sauce prend au
final. L'apport vocal, un peu plus rustaud il est vrai, demeure toutefois discutable dans la pièce dark-atmosphérique et mélancolique suivante (All this solitude destroys me), où
l'instrumental se suffisait amplement. Aussi apprécie-t-on a contrario le demi-jour d'Inner revolution, sans voix, avançant lancinamment et présent sans en être, parmi les inquiétantes
fumées de textures ambient solidement agencées. Codeine blues ferme enfin le ban en revenant à des racines incrustées avec grande évidence dans la scène indus-coldwave des années 80,
partageant cela avec l'ensemble bourguignon La Dérive des Incontinents, que ce morceau final ne laisse d'ailleurs pas d'évoquer. On notera les paroles en français, ici précisément et sur l'album
en général, dont l'utilisation est toujours plus casse-gueule pour les formations hexagonales que celle de l'anglais du fait de la compréhension immédiate ; les deux groupes se servant d'une
habile expression à mots couverts, cet obstacle est passé sans peine. Ce bel album bicéphale, sombre à souhait, parcouru d'un message politique de refus de la soumission et de l'exploitation
indirectement et finement distillé, vaut le détour pour son ensemble et, puisqu'on a vu qu'en son commencement, il recelait une perle, autant ne pas hésiter à faire sien ce 10 pouces rubicond.
Mais commençons par le début ainsi qu'ils se doit avec le premier chapitre, Player Piano. C'est le plus inégal des trois disques puisqu'il se divise en une première partie vraiment
réussie et une seconde nettement en deçà. On démarre en dou
ceur avec le martèlement plaintif d'un saxophone chagrin, comme une ambiance de rue qui s'impose aussitôt et ne laisse pas de rappeler
le Barry Adamson d' As above, so below ... , décor qui change aux premières notes de Salamander blue, riche et délicat agrégat de scratchs, de guitare
répétée, de flocons de voix féminines et de paroles masculines renversées. Sans nullement briser la progression, le très warpien 7 pounds, à la fois déstructuré et doux, du
Plone et du Aphex dans la même bassine, coule dans nos oreilles et l'on enchaîne sans mal sur Where the mad things are..., pop aérienne avec les
scintillants mots au téléphone d'une affable Nippone en guise de chantilly sur fond de bidouillis délicieux... La suite est hélas moins avenante avec un Cider Ep qui, s'il débute bien
(rythmique, trompette puis flûte), commence à peser sur l'estomac avec ses sons de canard finaux, et c'est fort dommage qu'un sample de voix de choriste soul (qui ravira néanmoins les amateurs
des premiers Massive Attack) entache la suite (je suis complètement insensible à cette expression vocale, il faut dire) car le remix de 7 pounds qui clôt le disque
n'arrive pas à revenir à l'excellente atmosphère qui régnait au début.
One Chelydridaen Night qui y fait suite, deuxième pan de cette trilogie, commence bien mieux avec, comme sur son prédécesseur, une plage introductive organisée par un saxophone qui fait
son office de ludion dans la nuit sous les pauvres réverbères et ensuite, brusquement, c'est le plongeon, le noir, l'espace, le lâcher-prise, vide étincelant d'un charme urbain et nocturne, et au
loin les chuintements articificiels, des touches mélancoliques, des voix sitôt reparties qu'à peine on a ouïes, comme le sentiment de sécurité dans une ville avant l'aube quand un léger vent
chaud vous enrobe et
que l'on a un peu bu... Un excellent
morceau que ce Mad.e.Morphosis, vraiment remarquable, tout en nuances et harmonies poétiques ! Même réussite onirique, bien que plus ancrée dans la nature, pour I thought I saw you
dying, paysage qui s'éveille, presque vu d'un oiseau planant, stationnant tout là haut par delà les courants d'air d'une flûte traditionnelle et du bruissement des cascatelles dans leurs
écrins moussus. Un quart d'heure qui est véritablement le sommet de ce triple disque à mon sens. La suite est plus classique, faisant penser à du Red Snapper des familles, aussi
a-t-on hâte, passé la conversation téléphonique d'une jeune demoiselle, de replonger dans ces volutes d'errance et de poésie du macadam dessinées par une trompette à la Freddie
Hubbard, tandis que passe en fond ce train qui file vers le prochain matin (Accounting for wasted breath). Puis on se pose tout du long de Lilies & Libations, calme
complainte à la flûte et au violon, de tout son long, un apaisant sommeil nous guetterait presque quand arrive le drôle d' I'm Undone, morceau électro-pop classique mais méconnaissable
car diffusé avec un très fort ralenti qui rajoute au côté mélancolique de l'ensemble et, par son cheminement lancinant, gomme quelque peu le côté joliet et sans aspérité de l'original.
La transition est toute trouvée vers la troisième et dernière galette, Damaged goods, puisque les ralentis, précisément, y ont la part belle dès le premier morceau via un entrelacement
de propos de tous ordres et en tout sens. On passera sur Bribery & Guilt trips est un ton en dessous du reste du disque, malgré une bonne fin pour enchaîner direct avec Old
habits, où prédominent à nouveau ralentissements, entremêlements de voix, passages en arrière, bizarre paysage magmateux, expérimentation à la Revolution 9, peut-être facile,
d'aucuns diront, mais une atmosphère se dégage néanmoins et c'est cela qui prévaut (cf. le riche passage entre la 2e et la 3e minutes). Une petite pointe de coloration industrielle (Tempt not
a maddened man), de beaux arrangements de cordes (Damn) et l'on repart vers les strates jarmushiennes (Catholic minimart drift), chouette moment qui se délite entre un
saxophone réverbéré, une contrebasse, odeur de cigarettes froides, ambiance de fin de salle des fêtes où l'alcool a sévi et où l'on se
demande comment il se fait que nous soyons encore debout... Malgré un petit sursaut bien vif (When
I'm 23), Morphée se rapproche (Bad news), le son du sax toujours en embuscade dans les pavillons et l'on se termine sous des voix américaines bourbonnées et que l'âge a
conquis, habilement mises en boucles au milieu de scratchs et d'une efficace rythmique plaquée, rythmique qui ne s'arrêtera que quand le jour aura point...
Ces trois mini-albums, pour disparates qu'ils soient - un de leur trait majeur - , valent avant tout pour les instants raffinées de poésie urbaine à la John Lurie dont ils nous imbibent et qui sont plus évocateurs que la photo de couverture, me semble-t-il, même s'il y a déjà de ça dans l'univers auquel elle nous renvoie. Un drôle d'artiste talentueux qui possède et de la technique et un goût certain. Sans doute aurait-il plus gagné à resserrer encore davantage cette trilogie afin d'en augmenter la densité expressive mais c'est déjà bien et il est fort à parier que Mad EP saura, dans une oeuvre à venir, nous raconter moult choses et maints traits de ses rêves, de ses nuits, de ses doux moments fatigués où il aime à baigner.
Sans transition, retour trente-sept ans en arrière maintena
nt, nous sommes dans un Hexagone pas encore chiraquien mais déjà gaulliste, Mai 68 jette ses pavés dans les vitrines du Boul Mich' et du Boulevard
Saint-Germain or, hommage ou pas, des sonorités GRM éclatent concomittamment au milieu des gaz policiers à travers vos enceintes (Flash ton BIOS, drôle de titre informatique pour ce
morceau, mazette, Frank KmF a dû passer un certain temps chez les Chinois de Montgallet à l'époque de la compostion du disque, ma parole !). Sans se presser, on passe alors le
court Pont bleu qui nous ramène au temps présent au moyen de sonorités filmiques, bien contrebalancées par les timbres granuleux et les sifflements sous-jacents de la capiteuse
Psycho vibration. Ces agapes ambientées s'achèvent enfin avec Sine on my pulse, de belles nappes entrecoupées de carillons inversés, qui synthétisent joliment l'ensemble de cet
album parfaitement maîtrisé. Je ne sais pas si ce musicien, par ailleurs supporter fanatique du Drapeau de Fougères et graphiste à ces heures, en est à son premier essai mais
cette démo en est un transformé du premier coup et haut-la-main de surcroît. Complexe, travaillé, au final simple à l'écoute pourtant, des plus apaisants à tout moment, on ne saurait que
recommander ce franc-tireur armoricain, ce Shizuka du pays gallo.
JeFF, un nom qui nous est familier (eh oui, c'est le diminutif de Jean-François !). Depuis trois ans qu'il compose sa musique, le gaillard lorrain ne démérite pas et produit plus qu'à son tour. On avait pu le croiser sur diverses compilations (AXS_labs - très bon morceau avec Sobria Ebrietas -, Sombre fracture, Tribute to Doom) et surtout sur maints splits sortis sur son label, Altsphere Productions, avec, entre autres, le Messin Shizuka (sur un 3 pouces remarqué) mais aussi Haro et le déjà cité Sobria Ebrietas. Pour faire un jeu de mot facile et piètre, je dirais qu'encore une fois, JeFF, non, il n'est pas tout seul. Il s'est même entouré de proches puisque l'on retrouve aux premières loges les abyssaux Roswell Conspiracy et Sobria Ebrietas, encore lui. Sur Piece of life ("Tranche de vie"), pièces ceintes d'un paquetage DVD, le Mosellan nous propose trois titres et leurs remix par lui-même ou ses amis.
Le premier, Something strange, est paradoxalement le plus convenu des trois. E
n outre, l'original est moins bon que les reprises, malgré une bonne introduction mais une mélodie gentillette au timbre sale et un
fond brouillon de hardtek laissent au final nos esgourdes sur leurs faim. Autrement meilleur est le Destruction mix, toujours l'oeuvre de JeFF, où cette fois, parmi de bons sons indus et
une rythmique des familles bien travaillée (jeu sur les canaux), la mélodie balancée au merdotron années quatre-vingts passe comme une lettre à la poste. Pas mauvais non plus mais sans être d'une
originalité folle, le remix de Sobria Ebrietas garde la bonne intro de l'original mais son côté brut de fonderie ne parvient pas à faire se dissiper une légère impression de répétition. On
appréciera a contrario sans réserve la version d'Audio Head Cleaner, riche et surprenante qui, démarrant sur un ton vaguement orientalisant, s'envole sur des rythmes échevelés
avant de s'éteindre sur une voix de variété, singulier assemblage fort bien maîtrisé.
Le deuxième morceau au programme, intitulé Lost, se déploie en une progression insidieuse à l'obscurité savamment distillée et que l'on goûte et craint à mesure. Le remix par Moriarty (arf, Scotland Yard ne doit pas être loin !) ne démérite pas non plus en martelant un kick saturé de manière oppressante et un léger malaise se fait jour peu à peu.
Troisième et dernière partie, Wake up, là aussi avec arrière-plan industriel, se présente sous la forme d'un mélange de différents souffles et sonorités sur lesquels évoluent des voix artificielles, jamais vraiment de repos, en résumé un univers sec, dépouillé et angoissant. Encore plus nu, noyé dans d'immenses réverbérations d'hangars en taule, la version Suicidal projette l'auditeur dans une atmosphère toujours plus poussée et froide et saisissante, où les voix chuchotées ne tranquillisent plus, même nimbées des trémulations de synthétiseur finales, elles ne rassurent plus, elles font peur. Le meilleur morceau du disque. Et pourtant, il existe aussi une autre perle sur ce CD, savoir l'appropriation de ce Wake up par Roswell Conspiracy. Le Rémois, par cette plage que l'on peut considérer à l'inverse comme la plus apaisante de l'ensemble, montre sa grande dextérité à allier les timbres les plus variés au service d'une claire expressivité : humides, liquides, captés de très près, ses sons un à un s'écoulent au sein d'une grotte moussue, sur un fond nappé, étal et flûté, comme mêlés à de lointaines rumeurs usineuses. Un univers quasi stalkérien, où la nature a remangé la technique et où l'espoir ne serait plus trop de la partie.
Nonobstant la prime version du premier morceau, JeFF et ses acolytes nous offrent là un disque peu aisé à décrire mais assurément riche et composé et dont, plus que la noirceur ou la violence, l'angoisse post-industrielle demeure le trait marquant.
Derrière ce pseudonyme anglo-saxon se cache le Bourguignon Denis Aubert qui avait déjà sorti un album chez Autres Directions voici deux ans. Le texte de
présentation m'a un poil effrayé, je dois l'avouer (« plus de moins de avec rapide (this a less reflexive record, fast created), doute, fulgurance, tentative de, / attention. ça parle de
quoi ? / of what. »), par son côté fumeux et ce n'est pas la première plage écoutée qui a été pour me rassurer (Voilé), soit une très bonne idée d'évolution par entrelacements
progressifs de voix claires et souvent fausses mais hélas l'amateurisme de l'enregistrement pèse sur l'ensemble et tourne rapidement au festival de salle de bain, on a vu mieux dans le genre...
Sur Oooh , ça commence assez similairement, bigre, et difficilement avec quelqu'un qui produit des « o » graves avec la bouche, cette fois cependant la progression est
intelligente et bien maîtrisée, la garniture électronique enrobant d
e bien belle manière la voix initiale. Ce seront là toutefois les seuls reproches qu'on peut faire à ce disque car tout le reste emporte l'adhésion : tantôt par
son approche très contemporaine du son (au sens de « musique classique contemporaine »), avec Ici ou là et ses modulations de sons haut perchés, Le Vent et ses
froissements proche de l'ambient ou surtout Nous n'avons fait que blémir, avec un emballant travail sur les cordes et une petite touche finale aux couleurs d'âtre couvant, tantôt par un
mélange d'électro minimale et d'expérimental savamment dosé et que l'on retrouve au travers des morceaux suivants : le long Délikescence d'un soupir, U1 et Néon, à mon
sens la pièce majeure du disque, très joliment amenée, dense et travaillée quant aux timbres et à la rythmique qui s'y déploie. Entre ces deux tendances, on trouve d'autres essais transformés
comme Bruit d'encens aux épaisses granulations torturées, Endors-toi (rien à voir avec l'Incroyable Houdini ou Dominique Webb, qu'on se rassure
!), deux minutes exquises presque entièrement composées de chuchotements et enfin nYa, parcours aux lisières du silence et où entrent en scènes de surprenantes notes de piano aiguës dans
le final.
Il ne faut pas s'arrêter à l'aspect terne de la couverture Fragments, Soupçons, la musique de Glue Trax vaut son pesant de cacahuètes et je ne pourrais clore cette
chronique sans rappeler que cette scène électronique-expérimentale-noise-contemporaine-etc qui nous est issue de Burgondie et contient tant de groupes intéressants et prolifiques (Douglas
Bravo, Scripta Manent, par exemple), apparaît ces temps-ci décidément bien riche et appréciable.
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