Mardi 29 janvier 2008 2 29 /01 /Jan /2008 21:58

JeFF, un nom qui nous est familier (eh oui, c'est le diminutif de Jean-François !). Depuis trois ans qu'il compose sa musique, le gaillard lorrain ne démérite pas et produit plus qu'à son tour. On avait pu le croiser sur diverses compilations (AXS_labs - très bon morceau avec Sobria Ebrietas -, Sombre fracture, Tribute to Doom) et surtout sur maints splits sortis sur son label, Altsphere Productions, avec, entre autres, le Messin Shizuka (sur un 3 pouces remarqué) mais aussi Haro et le déjà cité Sobria Ebrietas. Pour faire un jeu de mot facile et piètre, je dirais qu'encore une fois, JeFF, non, il n'est pas tout seul. Il s'est même entouré de proches puisque l'on retrouve aux premières loges les abyssaux Roswell Conspiracy et Sobria Ebrietas, encore lui. Sur Piece of life ("Tranche de vie"), pièces ceintes d'un paquetage DVD, le Mosellan nous propose trois titres et leurs remix par lui-même ou ses amis.

Le premier, Something strange, est paradoxalement le plus convenu des trois. E adom--lancolique.jpg n outre, l'original est moins bon que les reprises, malgré une bonne introduction mais une mélodie gentillette au timbre sale et un fond brouillon de hardtek laissent au final nos esgourdes sur leurs faim. Autrement meilleur est le Destruction mix, toujours l'oeuvre de JeFF, où cette fois, parmi de bons sons indus et une rythmique des familles bien travaillée (jeu sur les canaux), la mélodie balancée au merdotron années quatre-vingts passe comme une lettre à la poste. Pas mauvais non plus mais sans être d'une originalité folle, le remix de Sobria Ebrietas garde la bonne intro de l'original mais son côté brut de fonderie ne parvient pas à faire se dissiper une légère impression de répétition. On appréciera a contrario sans réserve la version d'Audio Head Cleaner, riche et surprenante qui, démarrant sur un ton vaguement orientalisant, s'envole sur des rythmes échevelés avant de s'éteindre sur une voix de variété, singulier assemblage fort bien maîtrisé.

Le deuxième morceau au programme, intitulé Lost, se déploie en une progression insidieuse à l'obscurité savamment distillée et que l'on goûte et craint à mesure. Le remix par Moriarty (arf, Scotland Yard ne doit pas être loin !) ne démérite pas non plus en martelant un kick saturé de manière oppressante et un léger malaise se fait jour peu à peu.

Troisième et dernière partie, Wake up, là aussi avec arrière-plan industriel, se présente sous la forme d'un mélange de différents souffles et sonorités sur lesquels évoluent des voix artificielles, jamais vraiment de repos, en résumé un univers sec, dépouillé et angoissant. Encore plus nu, noyé dans d'immenses réverbérations d'hangars en taule, la version Suicidal projette l'auditeur dans une atmosphère toujours plus poussée et froide et saisissante, où les voix chuchotées ne tranquillisent plus, même nimbées des trémulations de synthétiseur finales, elles ne rassurent plus, elles font peur. Le meilleur morceau du disque. Et pourtant, il existe aussi une autre perle sur ce CD, savoir l'appropriation de ce Wake up par Roswell Conspiracy. Le Rémois, par cette plage que l'on peut considérer à l'inverse comme la plus apaisante de l'ensemble, montre sa grande dextérité à allier les timbres les plus variés au service d'une claire expressivité : humides, liquides, captés de très près, ses sons un à un s'écoulent au sein d'une grotte moussue, sur un fond nappé, étal et flûté, comme mêlés à de lointaines rumeurs usineuses. Un univers quasi stalkérien, où la nature a remangé la technique et où l'espoir ne serait plus trop de la partie.

Nonobstant la prime version du premier morceau, JeFF et ses acolytes nous offrent là un disque peu aisé à décrire mais assurément riche et composé et dont, plus que la noirceur ou la violence, l'angoisse post-industrielle demeure le trait marquant.

 

Par Victor Hams - Publié dans : Musique
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Mardi 29 janvier 2008 2 29 /01 /Jan /2008 21:46

Derrière ce pseudonyme anglo-saxon se cache le Bourguignon Denis Aubert qui avait déjà sorti un album chez Autres Directions voici deux ans. Le texte de présentation m'a un poil effrayé, je dois l'avouer (« plus de moins de avec rapide (this a less reflexive record, fast created), doute, fulgurance, tentative de, / attention. ça parle de quoi ? / of what. »), par son côté fumeux et ce n'est pas la première plage écoutée qui a été pour me rassurer (Voilé), soit une très bonne idée d'évolution par entrelacements progressifs de voix claires et souvent fausses mais hélas l'amateurisme de l'enregistrement pèse sur l'ensemble et tourne rapidement au festival de salle de bain, on a vu mieux dans le genre... Sur Oooh , ça commence assez similairement, bigre, et difficilement avec quelqu'un qui produit des « o » graves avec la bouche, cette fois cependant la progression est intelligente et bien maîtrisée, la garniture électronique enrobant d ADN.jpg e bien belle manière la voix initiale. Ce seront là toutefois les seuls reproches qu'on peut faire à ce disque car tout le reste emporte l'adhésion : tantôt par son approche très contemporaine du son (au sens de « musique classique contemporaine »), avec Ici ou là et ses modulations de sons haut perchés, Le Vent et ses froissements proche de l'ambient ou surtout Nous n'avons fait que blémir, avec un emballant travail sur les cordes et une petite touche finale aux couleurs d'âtre couvant, tantôt par un mélange d'électro minimale et d'expérimental savamment dosé et que l'on retrouve au travers des morceaux suivants : le long Délikescence d'un soupir, U1 et Néon, à mon sens la pièce majeure du disque, très joliment amenée, dense et travaillée quant aux timbres et à la rythmique qui s'y déploie. Entre ces deux tendances, on trouve d'autres essais transformés comme Bruit d'encens aux épaisses granulations torturées, Endors-toi (rien à voir avec l'Incroyable Houdini ou Dominique Webb, qu'on se rassure !), deux minutes exquises presque entièrement composées de chuchotements et enfin nYa, parcours aux lisières du silence et où entrent en scènes de surprenantes notes de piano aiguës dans le final.

Il ne faut pas s'arrêter à l'aspect terne de la couverture Fragments, Soupçons, la musique de Glue Trax vaut son pesant de cacahuètes et je ne pourrais clore cette chronique sans rappeler que cette scène électronique-expérimentale-noise-contemporaine-etc qui nous est issue de Burgondie et contient tant de groupes intéressants et prolifiques (Douglas Bravo, Scripta Manent, par exemple), apparaît ces temps-ci décidément bien riche et appréciable.

 

Par Victor Hams - Publié dans : Musique
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Mardi 29 janvier 2008 2 29 /01 /Jan /2008 21:38

 

Ce CD de douze titres est l'oeuvre de Pierre Remy, natif du pays du plus célèbre des Remy (mais rien à voir toutefois avec un autre Remy, batave, membre de la même écurie ni évidemment avec Rémi de Sans famille, on l'aura deviné). Il est publié sur un label hollandais, AKH Records, et on voit tout de suite que ce presque trentenaire a bien digéré toute la vague d'électronique claire et déconstruite qui fit florès outre-Manche dans les années 1990.

Sous des d ado-au-chapeau.jpg ehors jaunes, verdâtres et végétaux, ce disque fait montre d'une maîtrise rythmique vraiment élevée qui le dispute à une compétence harmonique des plus établies. Il n'y a qu'à voir les habiles évolutions de timbres instrumentaux qui virent au vocal pour saisir le subtil savoir-faire de l'individu. Passant d'un dub froid en trompe-l'oeil à la Basement 5 à une drum'n'bass hachée qui n'est pas sans rappeler, en plus doux et parfois moins mordant, Squarepusher, l'artiste belge construit de ses cornues, athanors et fumeux alambics, avec finesse ses mélanges au point d'en sortir non la pierre philosophale mais un petit bijou comme l'est « Ody », merveille ou encore cet autre démarré à la contrebasse, Ka Hura. Il n'hésite pas à sauter du coq à l'âne, de l'angoisse qui diffuse et s'immisce (Inanga - référence à la sorte de cithare africaine ? - , Eitardela) à des peintures plus chaudes (Aliwen et ses percussions en bois) voire primesautières (Orion). Les transitions pourraient être brusques à faire le cabri ainsi mais comme cascatelles, cela court et se fond sans accroc aucun.

 
Cet album chatoyant, rempli de nature tout autant que machinique, dont les plages ont les charmes mystérieux de ceux qu'il plaît de ne pas découvrir, apparaît comme un singulier moment musical qui ravit de bout en bout l'auditeur, encore plus s'il se pâmait avec délectation dans les effluences warpiennes qui nous grisaient si plaisamment voici déjà dix ans. De la belle ouvrage.

 

Par Victor Hams - Publié dans : Musique
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Dimanche 27 janvier 2008 7 27 /01 /Jan /2008 17:06
 
 

Nouvelle sortie du label rhône-alpin Walnut+Locust Productions, Dents de Lyon arbore une jolie couverture qui doit, je suppose, représenter en vue nocturne les colossales infrastructures pétrochimiques de Feyzin. Cette compilation-pissenlit a pour but de présenter un panorama de la scène électronique locale, allant de l'ambient au noise en passant par le post-rock .  

On commence par Picore (nom difficile à porter en ces temps de grippe aviaire), groupe aux sonorités étirées, aux voies étouffées qui donne dans un trip-hop atmosphérique assez réussi, utilisant des timbres de clarinette et de saxophone en arrière-plan (Flexible). DenTs laisse plus circonspect, sorte de rock-noise à tendance psychédélique muni d'une voix déchirée en français, pareil pour .cut featuring Gibet, mélangeant une guitare électro-acoustique et un orgue et on leur préférera N.Com-User (Cluster headache), assez classique mais bigrement bien fichu, dans une veine proche d'Appliance ou d'Odd Mountain. Plus dépouillé, le très bon ensemble We Are Gentlemen nous gratifie de deux morceaux d'ambient sombre et épurée, le premier (Dernières minutes) étant le plus appréciable, dans le genre de ce que cette formation issue de Piccolo Saxo avait pu faire entendre sur la double compilation belge sortie l'an passé, Anatomy of a Maniac. Non loin, Ferry Estreich nous propose un bon moment là aussi d'ambient, presque industrielle, avec un son permanent comme de fraise derrière qui rend ce Sans titre #6 délicieusement désagréable dans sa montée en puissance et avec lequel contrastent, par exemple, les sons de synthé angéliques de FRZ (dont j'avais fortement apprécié en 2001 le très joli M like magnetic sur le sampler Fear Drop) et qui peuvent rappeler Plone ou Frédéric Nogray. Similairement, la pop-folk assez jolie de Secret name, qui va chercher du côté du Floyd du début ou encore Dylan pour citer des trucs archi-connus, s'écoute vraiment naturellement, sans jamais heurter l'oreille (Kim). Nettement plus ardu cependant est l'exercice d'Imagho, création expérimentale improvisée sur fond de bruits de vaisselle, un ensemble difficile Admiration-pour-Kurt-Masur----Lantic.jpg à définir mais pas disgracieux, cousin pour ainsi dire de l'univers des disques Shambala. Encore plus extrême, Tada choisit quant à lui un titre bizarre, facilement provoc pour un parti-pris tout noise (Merzbow is dead), qui titille positivement l'oreille avec ses stridences aiguës et saturées à gros grains.  

Restent les plages plus énervées, à commencer par le très bon What lurks under Saint Catherine Streets, rock énergique sur fonds de samples cinématographiques de cinéma bis style L'attaque des limaces fétides contre Mekka le Martien à travers la ville de la Ciotat, une sacrée pêche pour cette inattendue peinture de la fameuse artère du bas des Pentes par le sieur Blackula ! On accrochera sans doute moins sur Strigoï, mélange live de pop-rock et d'électronique avec une voix d'outre-tombe en français - sans doute en trop dans le morceau - et de petites sonorités extrême-orientales ; peut-être eût-il fallu que tout cela fût plus ramassé. Wired Brain ne s'en laisse pas compter pour sa part et envoie la sauce par un début électro-atmosphérique qui vire progressivement en un fougueux hard rock , ce de superbe manière et au moyen d'une batterie excellemment mise en avant. Les deux morceaux de Cease / Brain Leisure sont eux aussi entraînants, d'une facture technique impeccable même si j'ai du mal avec l'électro-pop lourde et énergique de Tatoo your mind et que je lui préfère, question de goûts, le légèrement prodigyien et fort emballant Hope. Son compère d'Omnicore ne dénote pas paradoxalement dans sa suite puisque, loin de l'imaginaire filmique qu'il développe habituellement, le Cuiserotain d'adoption nous livre un titre dansant très efficace, le plus efficace même de tout le disque, avec là encore une production parfaite (apparemment, la patte professionnelle de Brain Leisure est aussi à l'oeuvre derrière ce remuant Dying in Berlin). On clôturera cette chronique par une mention spéciale à TAT pour la plage la plus originale du disque : la reptation d'une sombre guitare acoustique psyché-folk sur le dangereux sable d'une ambiance à l'Art Zoyd, des textes macabres en français égrenés tout au long d'une rythmique dure et ligneuse, cela donne une chanson des plus envoûtantes, Thalidomide, révélation parmi dix-huit morceaux pourtant pas en reste dans leur ensemble. 

Une compilation virtuelle (et donc gratuite !) qui vaut pour la qualité sans faille de la production de toutes les oeuvres présentées ici mais aussi pour la qualité artistique de la plupart d'entre elles et avant tout également pour l'éclectisme général qui y règne sans que cela nuise un seul instant à l'unité de ce fin repas, appétissante salade cuisinée façon capitale des Gaules.

 

 
Par Victor Hams - Publié dans : Musique
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Dimanche 27 janvier 2008 7 27 /01 /Jan /2008 16:29
Pour l'anecdote, Cheerleader 69 est le projet solitaire d'un des membres du groupe désormais bien connu d'électro-punkhardcore français Punish Yourself ; ce sont toutefois deux univers vraiment distincts que ceux de ces deux projets, Cheeleader 69 sollicitant nettement plus l'imaginaire filmique de chacun, une musique plus subtilement appréciable. On avait déjà pu entendre de quoi était capable le Toulousain seulet sur la compilation virtuelle Tribute to Hellraiser de Mekkanikal Industries ou encore, en duo avec Wytlyt, sur Axc_Labs. L'album, sorti chez le très bon label français Steelwork Machine, est précisément dans la pleine lignée de ces titres, à savoir de la musique de film ample, ambientée, onirique, aventurière, grandiose, frisant tantôt la pompe chaleureuse, tantôt le froid puits métaphysique.

On embarque, premier morceau et décollage imminent avec Your book is full of killings, marqué par la voix d'un speaker américain répétant la phrase du titre et des é Action-Directe.jpg volutions de cordes angoissantes très bien spatialisées. Si Crystal Sierra fait penser à du Moelvaer, en mieux, Bad tapes, via le charme d'un flûtiau puis d'une rythmique industrielle impeccable, nous a fait auparavant pénétrer au deux-tiers dans un monde déjà plus inquiétant, proche des bandes originales d'Eric Demarsan, sensation malheureusement un peu atténuée par la grandiloquence de Ghostriders in the sky, dans un registre dark-folk orchestral, un peu ampoulé et au final hélas gentillet (c'est un problème récurrent avec cette mouvance, qui ne se joue à pas grand-chose mais qui existe objectivement). Idem pour Number 17 aux harmonies bien travaillées, cette montée sourde peu rassurante est parsemée d'un son de gamelan synthétique dont l'évolution n'est mélodiquement pas extraordinaire. On lui préférera ces transpercements de sonorités inversées qui forment les zébrures de Radio Apocalypse où l'on plonge en effet vers le nulle part d'un futur à bout de souffle, exsangue avant que ne scintillent les notes sereines des deux minutes finales (presque dommage qu'il y ait ce court moment avec le timbre de corde frappée au milieu, sorti tout droit d'un Delon des années 70...). Le parcours se poursuit sous la nuée grise et c'est la mélancolie qui baigne Privièt tibie (hurrah) où un Russe (communiste ?) nous donne du « tovaritch » à plusieurs reprises tandis que, sur cette très belle plage, tombe la neige ainsi que sur l'orateur et son public. Plus alerte est Simstim Christ, une mise en marche sur fond de voix bulgares priant (je crois entendre Jesu, peut-être est-ce une illusion auditive) un Christ « neuromancien ». Alors la vitesse s'accélère, comme un mouvement final bien que nous en soyons à la pénultième plage, avec tout le déploiement de la grosse artillerie, orchestre et percussions omniprésents, blam ! blam !, les glaires mongoles s'emballent, une Dernière charge  de la morve d'or aux couleurs légèrement emphatiques et qui fait penser à du Gregson-Williams classique, ni bon ni mauvais. Aussi trouvé-je bien meilleur le dernier morceau, Transgression (rien à voir avec Fear Factory), où des nappes aussi gaies que des couloirs high-tech vides et longs s'étirent indéfiniment derrière l'agitation de paroles anglo-saxonnes d'anonymes occupés, comme extraites d'un film où la terreur ne manquerait pas de poindre soudain pour mieux vous empoigner. Ce dernier titre est une véritable réussite !

   

La production d'ensemble est très maîtrisée et le savoir-faire absolument indéniable, sachant qu'à part la trompette, Cheerleader 69, s'occupe quasiment de tout sur ce Ghostriders in the sky rubicond. Petit reproche : les fins de morceau sont souvent très courtes, on en eût pu attendre un développement plus ample. Quant à la pochette rouge, enfin, elle est sobre et inspirée, mêlant pom-pom girls stylisées et manière soviétique, le tout finement lié par un reflet au sol du plus bel effet. Un album tout à fait recommandable, facile d'écoute, on ne peut plus varié, qui fait se transporter et peut plaire tout autant aux zélateurs de L'Apocalypse de Jean de Pierre Henry qu'aux fondus d'ambiances brumeuses et froides façon Cold Meat Industry ou Remain Silent.

 

 
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Dimanche 27 janvier 2008 7 27 /01 /Jan /2008 16:10
 

Imaginez, imaginez une télévision qui n'aurait pas marché depuis des lustres et qui se serait redéclenchée d'elle-même, un poste de radio dont le balayeur bloquerait en permanence en ondes courtes sur 666kHz, un soir où vous auriez pris deux-trois tranquillisants de trop sans faire attention, votre esprit est lourd et l'électricité qui à son tour commence à sauter, dérailler, un éclairage qui devient intermittent... Ce n'est pas que vous auriez vraiment peur, ce début de noeud dans les intestins, ce palais qui s'assèche, vous vous souvenez l'avoir déjà connu mais ce n'est pas agréable, la pulsation de votre coeur a augmenté, vous commencez à avoir des réticences à monter l'escalier, c'est vrai que vous êtes seul ce soir et tous ces phénomènes...
Les paumes halitueuses, le relent à la bouche, les oreilles vous bourdonnent et tandis que, devant vous, vous fixez un vis-à-vis absent, des bruits affolants, lointains, à peine perçus, disparaissent avant que d'éclater, de noires tâches semblent glisser le long de vos globes oculaires ; craquements ; vos nerfs ne sauraient vous lâcher, du moins l'auriez-vous juré il y a peu encore. Ce qui s'entend de plus en plus, c'est votre souffle, l'air que vous recyclez, vous ne parvenez point à le taire et pourtant, qui pourrait vous entendre ? Vous êtes seul ce soir, il faut qu acit.jpg e vous vous en persuadiez. Vous n'avez pas monté la moitié des marches que vous avez cessé d'avancer. En fait, vous ne savez plus si vous respirez déjà, c'est fou ces crises de panique quand ça vous prend, et ces murs, cette obscurité qui se rapproche, les angles plus droits du tout, ça tourne et vous allez tomber, tomber, vous voudriez crier mais rien n'a faire, vous avez déjà chu, vous gisez à l'envers, pâmé voire pire encore, peut-être êtes-vous déjà mort mais vous ne le saviez pas...


Tout cette vision est subjective bien entendu mais ce troisième album d'Arcaïde pourrait servir de bande-son à ce genre de scène. Opus mort. L'artiste, originaire du Sud Est de la France, accouche là d'une pièce d'un seul tenant, machinique, horrifique et organique tout à la fois. Sons filmiques, industriels (mais pas rythmiquement), presque concrets ou instrumentaux (plans de guitares hardcore crossover par moment), il a fait feu de tout bois pour forger son oeuvre, gardant toujours en vue la cohésion d'ensemble. Les voix n'apparaissent que lointaines, hurlantes et rayées, en second plan, complètement fondues dans le froid magma d'ambiances grises et rouillées (excellente utilisation du variateur de ton dans Cette nuit le cafard brume mais ce n'est pas un rêve de vomi). La matière abrasée dégorge sans jamais d'excès des enceintes. Bien que nettement moins démonstratif vocalement, on peut penser au Neubauten de 83 ou à du Error, par exemple, pour ce qu'il nous fait ressentir. Ce qui est particulièrement frappant, c'est la facilité de transition d'un style à l'autre (Naphtaline, qui fait limite penser à une intro de LFO, Error 4512" complètement bruitiste, Narrow the minade à du Floyd). Le disque se clôt par une impressionnante plage d'un quart d'heure, sorte de mini-album dans l'album. Sans atteindre à l'effroyable perfection de Music from the haunted ballroom de The Caretaker, Arcaide impose là un disque vraiment abouti, à l'unité stylistique indéniable et qui, sur le plan sonore, donne une peinture admirablement tordue de ce qu'est une peur cauchemardesque. Ensorcelant tel un souris khnopffien, aussi beau qu'une casse automobile d'un bourg à l'abandon des bords de la Mer Blanche.
 
 

 

 
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Dimanche 27 janvier 2008 7 27 /01 /Jan /2008 15:37
 
 

Audiotrauma, le label strastbourgeois par définition féru de saucisses (et pourtant pour ainsi dire pas en concurrence avec le label Taâlem Records, une émanation ambientesque de feu Boucherie Productions), avait sorti voici deux ans une compilation CDR de musique industrielle dont on peut dire qu'elle ne fait pas dans la demi-mesure et plairait à tout sidérugiste qui se respecte.

Différents sous-styles se fondent ici ce qui est le premier charme de cette galette, outre sa qualité musicale proprement dite. Je passe vite fait sur les deux premières plages (Panic DHH et Chrysalide), la première étant estropiée par un chant anglais assez mal calé ou maîtrisé tandis que accusation-japonaise.jpg la seconde pèche par son crossover peu original à la vérité. On ne rentre dans le bain en fait qu'à partir du troisième morcif, plein de guitares malaxées par de bien revêches filtres, l'indus est de mise chez  F.Y.D et ça s'entend ! Peut-on dire quelque chose de négatif du beau Twinkle et de son martial Tu as perdu ! (ton sang-froid ? ta balle à rebondir ? ton billet de Keno gagnant ?), mis en écoute ici l'an passé ? Sa grosse artillerie défile gaillardement devant nos oreille, nous en prenons plein les mirettes ! Aussi bon mais plus inquiétant, Acrylik nous peint (jeu de mots !) un camaieu sale, haché, au larsen permanent (à rapprocher pour l'atmosphère de la Synesthésie incolore des Yeux Noirs) et, poursuivant dans l'excellence, voici KL, chanteur de Neon Cage Experiment, et son indus très rapide, oppressant qui schmoutze la graisse de ferraille, le meilleure titre du disque avec le Twinkle assurément ! Cela ne veut pas dire que le reste est mauvais, bien au contraire, j'en veux pour preuve le Bevel Cut de Zenta, assez mélodique, d'une grande finesse évolutive avec une très bonne répartition spatiale parfaitement rendue ! Chouette ambiance également chez Echo-6 dont L'expérience industrielle assez classique contient des coupures de rythme bien senties avec de petits sons vibrants en arrière tout le contraire du décapant Definitive solution for Minor Threat de Mental Agression, démarrant dans le punk-hardcore pour terminer dans le bugcore le plus foncedé à la Error qui se serait enfilé la carafe de champis !! Il y en a vraiment pour tous les goûts dans l'épicerie Audiotrauma et au rayon hip-hop, l'arrivage est également fourni ! (quand je dis hip-hop, c'est de hip-hop indus qu'il s'agit, hein, capice ?). Tout d'abord, la bestiole au poil luisant, le vidéaste Brilliant Beast, qui, aidé par Eminem, nous sort un rap mélangé à des sonorités lourdes et durs, un mélange qui passe comme sur des roulettes, pareil pour Sonic Area avec un fond plus filmique, rigoureux et peu rassurant, manque presque plus qu'un flow dessus ! L'inverse, de fait, de Ten Data Keshin, où c'est la scansion qui fait hip-hop devant des percus granuleuses et pachydermiques, un morceau presque mélancolique malgré l'énergie déversée. Rythmique dansante, on commence à se diriger vers la sortie avec le sobre, quasi scratché et fort efficace interlude d'Aníuk (qu'on a déjà pu voir sur scène avec Kirdec et Le Diktat), une plaine ambiante-expé s'étale devant nous loin du boucan de la fonderie, des machines et de leurs cris, un calme déployé, brumeux et frais d'un matin, une peinture qui n'est pas sans évoquer les productions discographiques du grande dépendeur de saucisses Taâlem. La boucle est bouclée et l'on ne peut qu'encourager l'acquisition de ce CDR industriel de haute volée, les Alsacos n'ont franchement pas démérité, eux qui n'ont de cesse de se bouger pour faire vivre la scène tant par leurs plus récentes productions discographiques que bien évidemment par les concerts et festival qu'ils organisent !

Par Victor Hams - Publié dans : Musique
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Mercredi 23 janvier 2008 3 23 /01 /Jan /2008 16:21
accul--.jpg De ce groupe garage-punk mélodique, je ne connaissais pas le précédent album mais le huit titres What's your definition of underground ? qui datait de 2002. Je n'ai carrément pas accroché sur ce disque rétrospective (qui reprend d'ailleurs plusieurs titres du 8 titres) bien qu'il y ait quelques titres qui dépotent dessus comme Burn the floor, Please hate me ou La reine du vide, dans une veine punk-rock américaine couillue, mais il y a bien souvent une teinte précisément mélodique qui vient enlever toute l'énergie que semble pouvoir dégager ce groupe français qui chante en anglais (ex : Dead language, I'm just losing my soul, Straight). C'est bien fichu, impeccable techniquement mais on a du mal à ressentir quelque chose (histoire de goûts probablement).
Par Victor Hams - Publié dans : Musique
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Mercredi 23 janvier 2008 3 23 /01 /Jan /2008 16:15

Acc--s-direct-garanti----La-Ch--ze.jpg Du punk-rock classique, un tantinet mélodique, avec une voix masculine bien trop en déphasage par rapport au reste du groupe (un problème de mixage évident). Rien de déméritant - le groupe joue instrumentalement très bien, notamment sur Détraqué - mais rien de bien extraordinaire non plus. A noter une chanson en espagnol.

Par Victor Hams - Publié dans : Musique
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Mercredi 23 janvier 2008 3 23 /01 /Jan /2008 16:13

Acanthostega.JPG Que dire ? C'est assez insupportable ; un chant féminin de rock FM à la limite de la variété, des guitares de hard années 80. A part une plage (Solemn Sea), c'est dur de savoir que ce groupe germanique vient de la scène métal, bref, dans l'ensemble c'est très niais mais ça doit pouvoir plaire aux foules si on le matraque bien dans le poste. Bigre...

Par Victor Hams - Publié dans : Musique
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