Remain Silent : Dislocation (CD Axesscode AXC04 ; 12 t. ; 76’ ; 2005)

Publié le par Victor Hams


Remain Silent, c'est un nom que l'on a pu repérer en bien depuis un moment via un album et des apparitions compilatoires. Pas facile de classer cette musique électronique à l'orée de la violence et de la vitesse. Cela sort de plus sur un label prometteur, Axesscode, émanation du site homonyme dont l'hétérogénéité est la première et grande richesse. La première chose qui marque, c'est le côté hé1975-Amoureux-Paname-pseudo-clip2.jpgtéroclite des morceaux, dans leur structure. C'est rare qu'un titre soit monobloc sur ce CD. Et pourtant, un fil conducteur imperceptible nous emporte comme pour un voyage, car ce disque se vit avant tout comme cela : la visite d'un pays post-apocalyptique et futuriste, pas toujours joyeux mais rarement totalement sombre. Au final, Yann Souëtre, pourtant amateur d'un humour digne de l'Almanach Vermot ou de Télé Z, se fend là, quand même, de ce qui pourraient entrer dans les meilleurs albums de 2005, toute musique confondue. Je demeure impressionné. Ce d'autant que ça prend de l'ampleur à chaque écoute !... Comme quoi, on se moque de Télé Z mais des fois, ça inspire... Petit tour du propriétaire : on démarre par une intro sous forme de bidouillage plutôt bien trempé de réglages radiophoniques puis on passe (Part 2) à des rythmes convenus et souvent entendus mais qui se transforment radicalement par une débauche d'énergie ce qui en fait un très bon morceau. Part 3 nous emmène vers des sous-sols humides à l'atmosphère inquiétante hantée de vagues chants, là encore par l'entremise d'une technique impeccable. Les choses deviennent lourdes, martiales (Part 4), industrielles, les effets de scie nombreux, comme si nous errions au sein de l'antre géant d'un ferrailleur. Remain décide alors de mettre la sauce en appuyant sur le tube, de la techno-indus bien speedé du bas de caisse où les changements de timbres et de rythmiques se multiplient sur un fond darkpop (Part 5). Après un petit craquement (involontaire ?) dans le passage de plages, on repart dans de l'industriel de fonderie pur et dur avec une tension sous-jacente qui explose sur la plage suivante où l'on navigue en permanence (Part 7) aux limites du crossover le plus noir avec esquisse de vocoder et tout le bousin ! Hum, très très bon... Le musicien préfère alors calmer les esprits bouillonnants en repassant sur de l'ambient progressif où se multiplient les flangers (les effets de scie encore une fois, parfaitement utilisés) et où la battue se fait plus ludique et brisée (Part 8). Cette pause ayant permis de recharger les accus, Yann Souëtre rembraye et accélère au moyen d'un indus clair et heurté à la violence larvée (Part 9). Sans prévenir, l'on atterrit soudain dans un no man's land inquiétant de nappes froides d'où on est extrait par la grâce d'un pianotement faisant penser au planant fridolin des années soixante-dix. L'intermède est bref puisque nous replongeons illico (Part 11) dans le chaudron de l'aciérie silentine tournant à plein régime. La surchauffe est proche mais Remain décide alors de refroidir son monde via une mélodie de piano synthétique, heureuse souvent mais parfois presque kitsch (une allusion à Drugs d'Aphex Twin ?). Ça passe sans problème ceci dit et le voyage de plus d'une heure s'en vient à s'achever, non comme il a commencé mais dans un esprit plutôt proche, à savoir une fragmentation stylistique extrêmement poussée et très facilement écoutable néanmoins (Part 12). Cela reste d'ailleurs la grande force de ce disque que la maestria avec laquelle les mélanges rythmiques et les orientations sonores des plus variées sont produites. Ce disque est à ranger au côté de ceux des grands noms de l'électronique des années 2000. Clairement. Encore n'ai-je pas parlé de l'aspect visuel dû et à Remain Silent en grande partie (la grande classe ce Remain décidément !) et au coquinou gauchiste méridional Galeett Kompleet  et qui est particulièrement splendide, en pleine adéquation avec l'oeuvre proposée. Un univers biomachinique qui devrait nous être épouvantable et qui pourtant nous ressemble tant.

 

1 http://www.axesscode.com

 
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Publié dans Musique

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