Arcaïde : Opus mort (CD album ; 2005 ; 15 titres ; 63 minutes)

Publié le par Victor Hams

 

Imaginez, imaginez une télévision qui n'aurait pas marché depuis des lustres et qui se serait redéclenchée d'elle-même, un poste de radio dont le balayeur bloquerait en permanence en ondes courtes sur 666kHz, un soir où vous auriez pris deux-trois tranquillisants de trop sans faire attention, votre esprit est lourd et l'électricité qui à son tour commence à sauter, dérailler, un éclairage qui devient intermittent... Ce n'est pas que vous auriez vraiment peur, ce début de noeud dans les intestins, ce palais qui s'assèche, vous vous souvenez l'avoir déjà connu mais ce n'est pas agréable, la pulsation de votre coeur a augmenté, vous commencez à avoir des réticences à monter l'escalier, c'est vrai que vous êtes seul ce soir et tous ces phénomènes...
Les paumes halitueuses, le relent à la bouche, les oreilles vous bourdonnent et tandis que, devant vous, vous fixez un vis-à-vis absent, des bruits affolants, lointains, à peine perçus, disparaissent avant que d'éclater, de noires tâches semblent glisser le long de vos globes oculaires ; craquements ; vos nerfs ne sauraient vous lâcher, du moins l'auriez-vous juré il y a peu encore. Ce qui s'entend de plus en plus, c'est votre souffle, l'air que vous recyclez, vous ne parvenez point à le taire et pourtant, qui pourrait vous entendre ? Vous êtes seul ce soir, il faut quacit.jpge vous vous en persuadiez. Vous n'avez pas monté la moitié des marches que vous avez cessé d'avancer. En fait, vous ne savez plus si vous respirez déjà, c'est fou ces crises de panique quand ça vous prend, et ces murs, cette obscurité qui se rapproche, les angles plus droits du tout, ça tourne et vous allez tomber, tomber, vous voudriez crier mais rien n'a faire, vous avez déjà chu, vous gisez à l'envers, pâmé voire pire encore, peut-être êtes-vous déjà mort mais vous ne le saviez pas...


Tout cette vision est subjective bien entendu mais ce troisième album d'Arcaïde pourrait servir de bande-son à ce genre de scène. Opus mort. L'artiste, originaire du Sud Est de la France, accouche là d'une pièce d'un seul tenant, machinique, horrifique et organique tout à la fois. Sons filmiques, industriels (mais pas rythmiquement), presque concrets ou instrumentaux (plans de guitares hardcore crossover par moment), il a fait feu de tout bois pour forger son oeuvre, gardant toujours en vue la cohésion d'ensemble. Les voix n'apparaissent que lointaines, hurlantes et rayées, en second plan, complètement fondues dans le froid magma d'ambiances grises et rouillées (excellente utilisation du variateur de ton dans Cette nuit le cafard brume mais ce n'est pas un rêve de vomi). La matière abrasée dégorge sans jamais d'excès des enceintes. Bien que nettement moins démonstratif vocalement, on peut penser au Neubauten de 83 ou à du Error, par exemple, pour ce qu'il nous fait ressentir. Ce qui est particulièrement frappant, c'est la facilité de transition d'un style à l'autre (Naphtaline, qui fait limite penser à une intro de LFO, Error 4512" complètement bruitiste, Narrow the minade à du Floyd). Le disque se clôt par une impressionnante plage d'un quart d'heure, sorte de mini-album dans l'album. Sans atteindre à l'effroyable perfection de Music from the haunted ballroom de The Caretaker, Arcaide impose là un disque vraiment abouti, à l'unité stylistique indéniable et qui, sur le plan sonore, donne une peinture admirablement tordue de ce qu'est une peur cauchemardesque. Ensorcelant tel un souris khnopffien, aussi beau qu'une casse automobile d'un bourg à l'abandon des bords de la Mer Blanche.
 
 

 

 
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Publié dans Musique

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V
je suis tous les jours dessus, et je le recommande souvent à des amis. J’adore continuer ainsi,
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V
Grâce à vous, j'ai pu apprendre beaucoup de choses intéressantes. J'espère en apprendre encore.
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