Glue Trax : Fragments soupçons (CD autoproduit ; 2006 ; 11t. ; 51 min.)
Derrière ce pseudonyme anglo-saxon se cache le Bourguignon Denis Aubert qui avait déjà sorti un album chez Autres Directions voici deux ans. Le texte de présentation m'a un poil effrayé, je dois l'avouer (« plus de moins de avec rapide (this a less reflexive record, fast created), doute, fulgurance, tentative de, / attention. ça parle de quoi ? / of what. »), par son côté fumeux et ce n'est pas la première plage écoutée qui a été pour me rassurer (Voilé), soit une très bonne idée d'évolution par entrelacements progressifs de voix claires et souvent fausses mais hélas l'amateurisme de l'enregistrement pèse sur l'ensemble et tourne rapidement au festival de salle de bain, on a vu mieux dans le genre... Sur Oooh , ça commence assez similairement, bigre, et difficilement avec quelqu'un qui produit des « o » graves avec la bouche, cette fois cependant la progression est intelligente et bien maîtrisée, la garniture électronique enrobant d
e bien belle manière la voix initiale. Ce seront là toutefois les seuls reproches qu'on peut faire à ce disque car tout le reste emporte l'adhésion : tantôt par son approche très contemporaine du son (au sens de « musique classique contemporaine »), avec Ici ou là et ses modulations de sons haut perchés, Le Vent et ses froissements proche de l'ambient ou surtout Nous n'avons fait que blémir, avec un emballant travail sur les cordes et une petite touche finale aux couleurs d'âtre couvant, tantôt par un mélange d'électro minimale et d'expérimental savamment dosé et que l'on retrouve au travers des morceaux suivants : le long Délikescence d'un soupir, U1 et Néon, à mon sens la pièce majeure du disque, très joliment amenée, dense et travaillée quant aux timbres et à la rythmique qui s'y déploie. Entre ces deux tendances, on trouve d'autres essais transformés comme Bruit d'encens aux épaisses granulations torturées, Endors-toi (rien à voir avec l'Incroyable Houdini ou Dominique Webb, qu'on se rassure !), deux minutes exquises presque entièrement composées de chuchotements et enfin nYa, parcours aux lisières du silence et où entrent en scènes de surprenantes notes de piano aiguës dans le final.
Il ne faut pas s'arrêter à l'aspect terne de la couverture Fragments, Soupçons, la musique de Glue Trax vaut son pesant de cacahuètes et je ne pourrais clore cette chronique sans rappeler que cette scène électronique-expérimentale-noise-contemporaine-etc qui nous est issue de Burgondie et contient tant de groupes intéressants et prolifiques (Douglas Bravo, Scripta Manent, par exemple), apparaît ces temps-ci décidément bien riche et appréciable.