Dents de Lyon (netcompilation Walnut+Locust WL007 ; 2006 ; 70 minutes)

Publié le par Victor Hams

 
 

Nouvelle sortie du label rhône-alpin Walnut+Locust Productions, Dents de Lyon arbore une jolie couverture qui doit, je suppose, représenter en vue nocturne les colossales infrastructures pétrochimiques de Feyzin. Cette compilation-pissenlit a pour but de présenter un panorama de la scène électronique locale, allant de l'ambient au noise en passant par le post-rock .  

On commence par Picore (nom difficile à porter en ces temps de grippe aviaire), groupe aux sonorités étirées, aux voies étouffées qui donne dans un trip-hop atmosphérique assez réussi, utilisant des timbres de clarinette et de saxophone en arrière-plan (Flexible). DenTs laisse plus circonspect, sorte de rock-noise à tendance psychédélique muni d'une voix déchirée en français, pareil pour .cut featuring Gibet, mélangeant une guitare électro-acoustique et un orgue et on leur préférera N.Com-User (Cluster headache), assez classique mais bigrement bien fichu, dans une veine proche d'Appliance ou d'Odd Mountain. Plus dépouillé, le très bon ensemble We Are Gentlemen nous gratifie de deux morceaux d'ambient sombre et épurée, le premier (Dernières minutes) étant le plus appréciable, dans le genre de ce que cette formation issue de Piccolo Saxo avait pu faire entendre sur la double compilation belge sortie l'an passé, Anatomy of a Maniac. Non loin, Ferry Estreich nous propose un bon moment là aussi d'ambient, presque industrielle, avec un son permanent comme de fraise derrière qui rend ce Sans titre #6 délicieusement désagréable dans sa montée en puissance et avec lequel contrastent, par exemple, les sons de synthé angéliques de FRZ (dont j'avais fortement apprécié en 2001 le très joli M like magnetic sur le sampler Fear Drop) et qui peuvent rappeler Plone ou Frédéric Nogray. Similairement, la pop-folk assez jolie de Secret name, qui va chercher du côté du Floyd du début ou encore Dylan pour citer des trucs archi-connus, s'écoute vraiment naturellement, sans jamais heurter l'oreille (Kim). Nettement plus ardu cependant est l'exercice d'Imagho, création expérimentale improvisée sur fond de bruits de vaisselle, un ensemble difficileAdmiration-pour-Kurt-Masur----Lantic.jpg à définir mais pas disgracieux, cousin pour ainsi dire de l'univers des disques Shambala. Encore plus extrême, Tada choisit quant à lui un titre bizarre, facilement provoc pour un parti-pris tout noise (Merzbow is dead), qui titille positivement l'oreille avec ses stridences aiguës et saturées à gros grains.  

Restent les plages plus énervées, à commencer par le très bon What lurks under Saint Catherine Streets, rock énergique sur fonds de samples cinématographiques de cinéma bis style L'attaque des limaces fétides contre Mekka le Martien à travers la ville de la Ciotat, une sacrée pêche pour cette inattendue peinture de la fameuse artère du bas des Pentes par le sieur Blackula ! On accrochera sans doute moins sur Strigoï, mélange live de pop-rock et d'électronique avec une voix d'outre-tombe en français - sans doute en trop dans le morceau - et de petites sonorités extrême-orientales ; peut-être eût-il fallu que tout cela fût plus ramassé. Wired Brain ne s'en laisse pas compter pour sa part et envoie la sauce par un début électro-atmosphérique qui vire progressivement en un fougueux hard rock , ce de superbe manière et au moyen d'une batterie excellemment mise en avant. Les deux morceaux de Cease / Brain Leisure sont eux aussi entraînants, d'une facture technique impeccable même si j'ai du mal avec l'électro-pop lourde et énergique de Tatoo your mind et que je lui préfère, question de goûts, le légèrement prodigyien et fort emballant Hope. Son compère d'Omnicore ne dénote pas paradoxalement dans sa suite puisque, loin de l'imaginaire filmique qu'il développe habituellement, le Cuiserotain d'adoption nous livre un titre dansant très efficace, le plus efficace même de tout le disque, avec là encore une production parfaite (apparemment, la patte professionnelle de Brain Leisure est aussi à l'oeuvre derrière ce remuant Dying in Berlin). On clôturera cette chronique par une mention spéciale à TAT pour la plage la plus originale du disque : la reptation d'une sombre guitare acoustique psyché-folk sur le dangereux sable d'une ambiance à l'Art Zoyd, des textes macabres en français égrenés tout au long d'une rythmique dure et ligneuse, cela donne une chanson des plus envoûtantes, Thalidomide, révélation parmi dix-huit morceaux pourtant pas en reste dans leur ensemble. 

Une compilation virtuelle (et donc gratuite !) qui vaut pour la qualité sans faille de la production de toutes les oeuvres présentées ici mais aussi pour la qualité artistique de la plupart d'entre elles et avant tout également pour l'éclectisme général qui y règne sans que cela nuise un seul instant à l'unité de ce fin repas, appétissante salade cuisinée façon capitale des Gaules.

 

 
Publicité

Publié dans Musique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
V
Merci pour tout ce travail que cela représente et pour tout le plaisir que j’y trouve
Répondre
V
Merci pour le partage. Félicitations pour un très beau site
Répondre
V
Grâce à vous, j'ai pu apprendre beaucoup de choses intéressantes. J'espère en apprendre encore.
Répondre